Architecture
Un intérieur réussi commence bien avant le premier coussin. Il commence par un plan, une lumière, une façon de circuler et de vivre. Cette page réunit tout ce que HART consacre à l’architecture et à l’architecture d’intérieur : les métiers, une brève histoire de l’architecture moderne, les maisons que nous avons visitées et les approches qui placent l’humain au centre du projet.
Architecte, architecte d’intérieur, décorateur : qui fait quoi ?
Les trois métiers travaillent souvent ensemble, mais ils n’interviennent pas au même niveau. L’architecte conçoit le bâtiment, sa structure et son enveloppe ; en France, son titre est protégé et suppose l’inscription à l’Ordre des architectes. L’architecte d’intérieur transforme l’espace existant : il redessine le plan, déplace les cloisons, travaille la lumière, les matériaux et le mobilier sur mesure, et suit souvent le chantier. Le décorateur, lui, compose l’atmosphère : couleurs, textiles, mobilier, objets, sans toucher à la structure.
Autour d’eux gravitent les artisans qui donnent corps au projet : ébénistes, ferronniers, marbriers, tapissiers. Notre guide de la tapisserie d’ameublement montre ce qu’un atelier apporte à un intérieur d’architecte.
Une brève histoire de l’architecture moderne
En un peu plus d’un siècle, l’architecture a changé de matériaux, de règles et d’ambitions. Sept étapes suffisent pour comprendre d’où viennent les maisons, les immeubles et les intérieurs d’aujourd’hui.
1880-1914 : la fonction contre l’ornement
Tout commence à Chicago. Après le grand incendie de 1871, la ville se reconstruit en hauteur grâce à l’ossature d’acier et à l’ascenseur : le gratte-ciel est né. L’architecte Louis Sullivan en tire une formule promise à un long avenir, « la forme suit la fonction » (1896). À Vienne, Adolf Loos va plus loin avec Ornement et crime : le décor plaqué devient suspect. L’architecture moderne naît de ce double refus, celui du pastiche et celui de l’ornement inutile.
Frank Lloyd Wright et l’architecture organique
Élève de Sullivan, Frank Lloyd Wright (1867-1959) invente une autre voie : une architecture qui naît de son site. Ses Prairie Houses, longues et basses comme la plaine du Midwest, culminent avec la Robie House de Chicago (1909-1910). Son chef-d’œuvre reste Fallingwater (1936-1939), la maison construite pour la famille Kaufmann au-dessus d’une cascade, en Pennsylvanie : ses terrasses de béton en porte-à-faux semblent flotter au-dessus de l’eau, et le rocher du site affleure jusque dans le salon. Vingt ans plus tard, la spirale du Guggenheim de New York (1959) prouve qu’un musée peut être une sculpture. Wright dessinait aussi le mobilier, les luminaires et les vitraux de ses maisons : l’architecture d’intérieur commence là.
1917-1933 : l’Europe fait table rase
Après la Première Guerre mondiale, une génération veut reconstruire le monde sur des bases neuves. Aux Pays-Bas, De Stijl réduit l’espace à des plans, des lignes et des couleurs primaires : la maison Rietveld Schröder d’Utrecht (1924) en est le manifeste habitable. En Russie, le constructivisme met la construction au service d’un projet de société. En Allemagne, Walter Gropius fonde le Bauhaus à Weimar en 1919, avec une idée radicale : réunir art, artisanat et industrie sous le toit de l’architecture. Le bâtiment de Dessau (1925-1926), tout de verre et de béton, devient l’emblème de cette modernité. Dirigée en dernier lieu par Mies van der Rohe, l’école ferme en 1933 sous la pression des nazis, et ses maîtres essaiment dans le monde entier.
1920-1960 : Le Corbusier, Mies et le style international
Le Corbusier formule en 1927 les cinq points de l’architecture moderne : pilotis, plan libre, façade libre, fenêtre en bandeau, toit-jardin. La villa Savoye de Poissy (1928-1931) les applique à la lettre, et la chaise longue LC4, cosignée avec Charlotte Perriand et Pierre Jeanneret, en est le prolongement mobilier. Mies van der Rohe répond par l’épure : le pavillon allemand de Barcelone (1929), pour lequel il dessine le fauteuil Barcelona, puis le Seagram Building de New York (1958). Sa devise, « less is more », traverse le siècle. En 1932, une exposition du MoMA baptise ce langage commun le « style international ».
1930-1965 : un modernisme plus humain
Tous les modernes ne choisissent pas l’angle droit. En Finlande, Alvar Aalto réconcilie fonctionnalisme et nature, du sanatorium de Paimio (1933) à la villa Mairea (1938-1941), avec ses bois courbés et ses formes souples. Aux États-Unis, la Cranbrook Academy forme une génération d’architectes-designers. Eero Saarinen y croise Charles Eames, avant de signer le terminal TWA de New York (1962) et la Tulip Chair. Charles et Ray Eames construisent à Los Angeles leur propre maison (1949), un manifeste du mid-century modern. Au Brésil, Oscar Niemeyer dessine les courbes de Brasília, inaugurée en 1960.
1950-1990 : béton, acier et contestation
Après la guerre, il faut loger vite et beaucoup. Le brutalisme fait du béton brut une esthétique et une morale : l’Unité d’habitation de Marseille de Le Corbusier en est le prototype, le Barbican de Londres l’un des aboutissements. Dans les années 1970, le high-tech montre ce que le modernisme cachait : au Centre Pompidou (1977) de Renzo Piano et Richard Rogers, structures, gaines et escaliers passent à l’extérieur. Au même moment, Robert Venturi répond à Mies par « less is a bore » : le postmodernisme réhabilite l’ironie, la couleur et la citation historique.
Depuis 1990 : de Bilbao au bien-être
En 1997, le Guggenheim de Bilbao de Frank Gehry montre qu’un seul bâtiment peut transformer une ville, et ouvre la voie aux formes libres de Zaha Hadid. À l’opposé, le minimalisme cultive le silence, la lumière et la matière, de Tadao Ando à John Pawson. Aujourd’hui, la question centrale n’est plus seulement la forme, mais l’effet d’un lieu sur ceux qui l’habitent.
Architecture et bien-être
L’architecture biophilique fait entrer la nature dans l’espace de vie (lumière naturelle, végétal, eau, matières brutes), dans le prolongement de la théorie de la biophilie formulée par le biologiste Edward O. Wilson dans les années 1980. La neuro-architecture étudie la façon dont la lumière, les volumes et les matières influencent nos émotions. Et la maison intelligente met la technologie au service du confort, à condition qu’elle reste invisible.
Visites : les maisons et les lieux que nous avons vus
Rien ne remplace une visite. À quelques pas de la forêt de Fontainebleau, Le Chapitre est la maison-atelier où le designer Eric Schmitt vit et travaille avec Sandra Babeanu : presque tout y a été dessiné par lui, de la table Jarre à la console Colonne, jusqu’à la table Thessaly créée pour la Carpenters Workshop Gallery. Une maison habitée, où l’atelier, la cuisine et le jardin forment un même récit.
Sur les rails, l’Orient Express 2027 renaît sous la direction artistique de Maxime d’Angeac : dix-sept voitures retrouvées en Pologne en 2015, acquises par le groupe Accor en 2018, où les panneaux originaux de René Lalique dialoguent avec un design contemporain, sur la ligne Paris-Istanbul inaugurée par Georges Nagelmackers en 1883. À Paris, nous avons suivi au Meurice la troisième édition des Places d’Or, le salon de l’hôtellerie et de la restauration haut de gamme. Au Québec enfin, AKB Design, fondé en 2010 par l’architecte paysagiste Audrée Kemp Bélanger, réunit paysage et intérieur dans un même projet. D’autres adresses sont rassemblées dans nos lieux d’exception.
Questions fréquentes
Quelle différence entre architecte d’intérieur et décorateur ?
L’architecte d’intérieur intervient sur l’espace lui-même : plan, cloisons, lumière, matériaux, mobilier sur mesure, suivi de chantier. Le décorateur compose l’ambiance avec les couleurs, les textiles, le mobilier et les objets, sans modifier la structure.
Qui sont les grands noms de l’architecture moderne ?
On cite d’abord Frank Lloyd Wright, Le Corbusier, Ludwig Mies van der Rohe et Walter Gropius, fondateur du Bauhaus, auxquels s’ajoute souvent Alvar Aalto. Chacun a imposé une idée : l’architecture organique, les cinq points, l’épure, l’alliance de l’art et de l’industrie, un modernisme à l’échelle humaine.
Quels architectes ont aussi dessiné du mobilier ?
Presque tous les grands. Wright dessinait les meubles de ses maisons, Mies van der Rohe le fauteuil Barcelona, Le Corbusier la chaise longue LC4 avec Charlotte Perriand et Pierre Jeanneret, Alvar Aalto le fauteuil Paimio et Eero Saarinen la Tulip Chair.
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Ressources
Cinq portes d’entrée dans l’univers HART
- 01 Espaces Espaces & matières Intérieurs, atmosphères et matières qui donnent à un lieu son identité.
- 02 Créateurs Designers & créateurs Architectes, designers et artistes dont le regard a changé nos intérieurs.
- 03 Savoir-faire Artisans & métiers d’art Tapissiers, ébénistes, ferronniers, céramistes : les ateliers et les gestes qui font l’exception.
- 04 Mobilier Mobilier & intérieur Canapés, sièges et luminaires iconiques, lus par la forme, l’usage et le confort.
- 05 Héritage Histoire du design Du gothique au design global, les styles qui ont inventé l’art de vivre.








