Le Chapitre, la maison-atelier d’Eric Schmitt
À quelques pas de la forêt de Fontainebleau, une maison se dévoile sans jamais s’imposer. Baptisée Le Chapitre, elle n’est ni une résidence manifeste ni un décor figé, mais un lieu profondément habité, façonné par le temps, la matière et les gestes du quotidien. Ici vit et travaille Eric Schmitt, accompagné de Sandra Babeanu.
Ensemble, ils ont donné naissance à un espace rare, à la lisière de la maison de campagne, de l’atelier et du refuge intime. Derrière ses murs anciens, Le Chapitre se lit comme un livre ouvert : chaque pièce est un paragraphe, chaque objet une phrase, chaque patine une trace du temps qui passe.
Le salon, mémoire vivante de la maison
Le salon donne le ton. Un immense tapis tissé du XXᵉ siècle, aux motifs floraux polychromes, recouvre presque entièrement le sol et installe une atmosphère douce et enveloppante. Les canapés en velours de lin de chez Liaigre dialoguent avec des pièces sculpturales en aluminium moulé patiné dessinées par Eric Schmitt, entre table basse et assise basse aux lignes sobres.

Au centre, la cheminée Münchausen agit comme un point d’ancrage. Initialement conçue pour un projet hôtelier, elle a été ici réinterprétée à l’échelle domestique. Autour d’elle, une œuvre de Philippe Gronon, un portrait de famille et quelques objets choisis composent un décor sensible, où chaque élément semble avoir trouvé sa place avec le temps.

Dans le salon de Le Chapitre, une table Jarre en bronze patiné et marbre dialogue avec la console Colonne installée sous la fenêtre, toutes deux dessinées par Eric Schmitt. Les œuvres : une photographie pigmentaire de Philippe Gronon et une peinture de Charles-Henri Monvert s’inscrivent dans une composition libre, où art, matière et usage cohabitent avec évidence.

Une cuisine pensée comme un lieu de vie
Au cœur de Le Chapitre, la cuisine s’impose comme un espace central, pensé autant pour le quotidien que pour le partage.

L’îlot, conçu en bois laqué et pierre Taj Mahal, structure la pièce avec évidence. Poignées et plinthes en pierre prolongent cette écriture précise, tandis que les grands tiroirs absorbent les usages pour laisser l’espace respirer. Pensé pour offrir les plus belles vues lors de la préparation des repas, l’îlot devient un véritable poste d’observation sur la maison.

La lumière joue un rôle essentiel : suspensions Pâle en bronze patiné et verre bohème, modèle Inlight dessiné pour Ralph Pucci, et appliques en bronze et albâtre rythment l’espace avec douceur. Aux murs, les céramiques tressées de Jérôme Massier et les objets en céramique présentés par la Ibu Gallery rappellent que cette cuisine est avant tout un lieu vécu, ancré dans le temps.
La grande table en noyer, dessinée sur mesure par Eric Schmitt, dialogue avec un banc trouvé sur place, une chaise des années 40 chinée à Prague et une assise en bois de hêtre issue du studio, composant un ensemble libre et naturellement équilibré.

Dans une atmosphère épurée, la cuisine joue la carte du contraste. Sous un plan de travail clair, un rideau rayé noir et blanc dissimule les rangements avec une élégance graphique. Sur la tablette, une cocotte en fonte noire Staub repose sur un livre, tandis qu’une lampe élancée en laiton martelé signée Eric Schmitt pour Barreaux dialogue avec des bougeoirs sculpturaux Byblos & Paros, également dessinés par Eric Schmitt et édités par Carpenters Workshop Gallery. L’ensemble compose une sorte de nature morte contemporaine où lignes et matières se détachent sur un fond immaculé.

Seuils, circulations et respirations
Dès l’entrée, Le Chapitre annonce son langage. Le vestibule, pavé de tomettes traditionnelles, remplace l’ancien parquet et inscrit immédiatement la maison dans une continuité matérielle. Un vestiaire moderniste en acier tubulaire, signé Thonet Mundus et dessiné dans les années 1930 par Hermann John Hagemann, dialogue avec des assises en noyer et bois brut imaginées par Eric Schmitt.
Un seuil pensé non comme un passage, mais comme une première respiration.

Suspendue au-dessus, la lampe Lobe en aluminium laqué et verre soufflé bohème diffuse une lumière douce, presque cérémonielle. L’escalier en béton, également dessiné sur mesure, prolonge cette écriture sobre et sculpturale, reliant les espaces de vie aux zones plus intimes de la maison.

La chambre, un refuge patiné
Dans la chambre, l’atmosphère se fait plus feutrée, presque contemplative. Le parquet gris laqué accueille un tapis en laine et soie tuftées à la main, dessiné par Eric Schmitt, qui ancre l’espace dans une douceur tactile immédiate.
Les tables de nuit Champignon en verre bohème diffusent une lumière délicate, tandis que les pièces de mobilier, armoire en ébène de Macassar, assises prototypes en bronze, cuir ou bois, composent un ensemble profondément personnel.

La lumière, essentielle, mêle suspensions sculpturales, lampes en terre cuite et bronze, dessinant une ambiance intime et enveloppante. Aux murs, les pastels équestres de Sam Szafran instaurent un dialogue silencieux avec l’espace. Le linge de lit en lin signé Society Limonta, ponctué d’un couvre-lit matelassé couleur moutarde, parachève cette impression de refuge habité, où chaque détail participe à une élégance discrète et sensible.

La salle de bain, un luxe silencieux
Dans la salle de bain, la matière dicte le rythme. Les carreaux de céramique bleu pâle de Ceramica Ferres dialoguent avec la pierre grise Münchausen de Blanc Carrare, composant un décor minéral, presque monastique. Le parquet gris laqué prolonge cette sensation de douceur feutrée, loin de toute ostentation.

La lumière opaline, diffusée par une suspension en fer forgé et verre opalin dessinée par Eric Schmitt, enveloppe l’espace avec délicatesse. Un miroir ancien gainé de cuir et un tabouret moderniste en céramique, chiné à Prague, introduisent une dimension intemporelle. Les objets, discrets mais précis, vasque intégrée en céramique, vide-poche en céramique et bronze achèvent de faire de cette pièce un lieu de retrait, pensé pour le calme et la durée.

La cour, une pièce à ciel ouvert
À l’extérieur, la cour prolonge naturellement l’écriture de Le Chapitre. Autour d’une table Thessaly en bronze patiné bleu sombre et plateau en lave, dessinée par Eric Schmitt pour Carpenters Workshop Gallery, le mobilier sculptural dialogue avec la matière brute et le paysage environnant. Les assises en bronze patiné et cuir, ponctuées de bougeoirs également dessinés par le studio, installent une atmosphère à la fois élégante et décontractée.
À la tombée du jour, les appliques extérieures en aluminium moulé patiné et verre bohème diffusent une lumière douce, prolongeant les moments passés dehors. Sur la table, la vaisselle en verre de la famille rappelle que cet espace, aussi composé soit-il, est avant tout un lieu de vie.
La présence paisible de Shawn et Shirley, les deux moutons Valais Blacknose, achève de donner à la cour cette dimension singulière, entre nature, architecture et quotidien.

L’atelier, prolongement de la maison
Dans le bureau, l’écriture se fait plus brute, plus essentielle. Un large bureau ancien en bois roumain occupe l’espace, accompagné d’une chaise alsacienne traditionnelle et d’un fauteuil de travail en cuir brun des années 1960. L’ensemble compose un décor de concentration, pensé pour durer, où chaque pièce semble choisie pour sa justesse plutôt que pour son effet.

Les murs, habillés de boiseries à mi-hauteur, structurent les volumes et créent une atmosphère feutrée, propice au travail. La lumière, volontairement contrastée, mêle une applique en plâtre dessinée par Eric Schmitt et une lampe industrielle, soulignant le caractère fonctionnel du lieu.

Au mur, une œuvre de Philippe Gronon introduit une présence silencieuse, presque méditative. Quelques objets choisis, une coupelle en verre bohème, rappellent que ce bureau est avant tout un espace personnel, où création, mémoire et quotidien se rencontrent.

L’écurie, le geste et le vivant
À l’écart de la maison, l’écurie prolonge naturellement l’univers de Le Chapitre. Plus fonctionnelle dans son usage, elle n’en demeure pas moins pensée avec la même attention portée aux formes, aux matières et aux gestes. Un porte-selle Amazone signé Eric Schmitt, offert par Christian Liaigre, dialogue avec un tabouret en noyer dessiné par le studio, tandis que les suspensions Chapter en corian et métal diffusent une lumière douce et maîtrisée.

Les équipements équestres; selle, bottes réalisées sur mesure s’inscrivent dans une composition simple et juste, où rien n’est superflu. La présence du cheval, photographié dans le box voisin, rappelle que cet espace est avant tout un lieu de pratique, de lien et de mouvement.

Une maison qui se lit dans le temps
Le Chapitre n’est ni une vitrine ni un manifeste démonstratif. C’est une maison qui accepte l’usure, la transformation, l’imprévu.
Plus qu’un lieu, c’est une manière d’habiter le monde avec attention, avec patience, et avec cette élégance rare qui naît lorsque la matière est laissée libre de raconter sa propre histoire.


Architecte d’intérieur et chef de projet indépendant, j’allie expertise technique et sensibilité esthétique. Des travaux de structure aux finitions, j’ai développé une connaissance approfondie des matériaux, que je partage à travers l’écriture pour transmettre ma passion du design et de l’architecture
