Style Transition : Néoclassicisme Naissant (1750-1770)
Le style Transition n’est ni un style officiel, ni un mouvement revendiqué.
Il ne correspond à aucun règne précis, mais à un moment de bascule dans le goût français, entre la fin du rocaille Louis XV et l’émergence du néoclassicisme Louis XVI.
Introduction
En France style Transition naît d’une sorte de fatigue esthétique. Vers le milieu du XVIIIᵉ siècle, les courbes exubérantes du style Louis XV commencent à lasser. L’asymétrie rocaille, les coquilles, les rocailles répétées à l’infini appellent un retour à l’ordre, sans pour autant renier l’élégance acquise.
Entre 1750 et 1774, une génération d’ébénistes, de bronziers et de dessinateurs parisiens invente alors une solution intermédiaire : conserver la souplesse et le confort hérités du règne précédent tout en introduisant progressivement la symétrie, la géométrie et les références antiques qui annonceront le néoclassicisme.
Ce moment de transition stylistique, que l’on nomme aujourd’hui style Transition, incarne une forme d’aboutissement du goût français. Ni rupture brutale, ni simple prolongement du rocaille, il propose un équilibre maîtrisé entre courbe et ligne droite, décor et structure.
Né à Paris et rapidement diffusé dans toute l’Europe francophile, le style Transition est aujourd’hui l’un des plus appréciés des connaisseurs. Sa durée relativement brève, la qualité technique de ses réalisations et la finesse de ses proportions en font l’un des sommets de l’ébénisterie française du XVIIIᵉ siècle.
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Contexte historique & culturel
Les années 1750 marquent un tournant dans la société française. Louis XV règne toujours, mais l’esprit du siècle évolue. Les Lumières triomphent dans les salons parisiens. Diderot et d’Alembert publient leur Encyclopédie dès 1751. La raison, l’ordre, la mesure deviennent les nouvelles valeurs d’une élite intellectuelle fascinée par l’Antiquité.

Cette révolution culturelle trouve un écho dans les arts décoratifs. Les fouilles d’Herculaneum (1738) et de Pompéi (1748) révèlent au monde cultivé la beauté sobre de l’art antique. Le comte de Caylus publie son Recueil d’antiquités dès 1752. L’égyptomanie et la grécophilie gagnent progressivement les esprits.
Parallèlement, un mouvement de réaction s’amorce contre l’excès rococo. On critique les courbes excessives, l’asymétrie systématique, la profusion ornementale du style Louis XV. Cochin le Jeune, graveur et théoricien, lance dès 1754 une charge violente contre les « chicorées et autres colifichets » du rococo.

Le style Transition naît de cette double influence : respect de l’héritage Louis XV et aspiration à la rigueur antique. Il incarne parfaitement l’esprit d’une époque qui refuse la rupture brutale tout en préparant la modernité néoclassique.
Caractéristiques esthétiques
Le style Transition se reconnaît à son équilibre subtil entre deux esthétiques. Les lignes droites commencent à structurer les meubles, mais les courbes subsistent, adoucies et contrôlées. Les pieds deviennent progressivement rectilignes, galbés seulement dans leur partie supérieure, annonçant les colonnes cannelées du Louis XVI.
L’ornementation évolue radicalement. Exit les rocailles asymétriques et les coquilles tourmentées. Place aux motifs géométriques : frises de grecques, rangs de perles, rubans noués, rosaces symétriques. Les bronzes se font plus discrets, plus architecturaux. Ils soulignent la structure plutôt que de l’envahir.
Les matériaux restent nobles : acajou, bois de rose, palissandre côtoient les laques orientales et les marbres colorés. Les bronzes dorés conservent leur qualité exceptionnelle. Mais tout devient plus mesuré, plus architectural, préparant l’austérité néoclassique à venir.
La marqueterie atteint une sophistication remarquable. Les cubes en perspective deviennent un motif emblématique du style, illusion géométrique fascinante où l’œil hésite entre deux et trois dimensions. Les motifs floraux se stylisent, gagnent en symétrie. Losanges, damiers, compositions architecturales révèlent une géométrie nouvelle.
- Retour de la symétrie : composition plus axiale, lecture “en miroir”, moins de fantaisie rocaille.
- Courbes encore présentes, mais disciplinées : galbes tendus, profils plus nets, moins d’ondulations libres.
- Décor qui se “classicise” : nœuds, rubans, guirlandes, perles remplacent peu à peu coquilles et rocailles.
- Motifs à l’antique qui apparaissent : oves, cannelures esquissées, feuilles d’acanthe plus ordonnées.
- Ceinture cintrée mais plus tendue : elle reste courbe, mais perd la “danse” typique du Louis XV.
- Pieds moins cambrés : la cabriole s’assagit, on tend vers des pieds plus droits ou plus “architecturés”.
- Traverse/entretoise : moins caractéristique que sous Louis XIII/Régence, l’accent se déplace vers des lignes continues et des profils plus contrôlés.
- Plateaux moins mouvementés : la forme “tombeau” peut subsister, mais elle est souvent plus contenue.
- Menuiseries et moulures plus rectifiées : cadres, panneaux, profils plus réguliers, moins de contours chantournés.
- Esprit général : un Louis XV calmé + un Louis XVI annoncé : élégance rationalisée, sans rigidité totale.
Créateurs & figures clés
Jean-François Oeben
Maître ébéniste allemand installé à Paris, Oeben (1721-1763) incarne la perfection technique du style Transition. Son chef-d’œuvre, le Bureau du Roi Louis XV, commencé en 1760 et achevé par son élève Riesener, représente l’apogée de la marqueterie française. Ses meubles marient virtuosité technique et équilibre formel, courbes Louis XV et rigueur géométrique naissante.

Paris, vers 1761–1763.
Jean-Henri Riesener
Élève et successeur d’Oeben, Riesener (1734-1806) traverse le style Transition avant de triompher sous Louis XVI. Ébéniste du roi dès 1774, il perfectionne les innovations de son maître. Ses marqueteries en cubes et ses compositions florales géométrisées témoignent d’une maîtrise absolue. Son œuvre illustre parfaitement l’évolution du Transition vers le néoclassicisme pur.

Source : Wikimedia Commons, auteur Ajc994, licence CC BY-SA 4.0.
Roger Vandercruse dit Lacroix
Ébéniste parisien (1728-1799), RVLC (sa signature) excelle dans les petits meubles raffinés : bonheurs-du-jour, tables à écrire, commodes. Ses créations marient élégance Louis XV et géométrie naissante. Ses marqueteries florales stylisées et ses bronzes délicats incarnent la sophistication du Transition dans ses formes les plus gracieuses.

Pierre Gouthière
Ciseleur-doreur génial (1732-1813), Gouthière révolutionne l’art du bronze d’ameublement. Ses créations pour la Du Barry et la haute aristocratie transforment l’ornementation. Fini les rocailles tourmentées : place aux frises antiques, aux palmettes, aux rangs de perles. Ses bronzes annoncent l’esthétique néoclassique tout en conservant une souplesse rococo.
Madame de Pompadour
Maîtresse de Louis XV jusqu’à sa mort en 1764, la marquise joue un rôle crucial dans l’évolution du goût. Femme cultivée et passionnée d’antiquité, elle encourage le retour à l’ordre classique. Son frère, le marquis de Marigny, directeur des Bâtiments du Roi, impose progressivement l’esthétique néoclassique dans les commandes royales.

Par François Boucher, huile sur toile
Portrait emblématique de la favorite royale et mécène des arts.
Le Louis XV tardif (vers 1745–1760) garde l’esprit rococo mais le rend souvent plus “sage”.
Le style Transition (vers 1750–1770) franchit un cap : il réintroduit l’axe, la symétrie et des motifs à l’antique, tout en conservant encore une part de courbe.
Même époque, mais pas la même intention.
Symétrie
Louis XV tardif : la composition peut être plus équilibrée, mais l’ornement reste souvent rocaille et peut conserver une logique asymétrique.
L’œil suit encore la fantaisie.
Transition : retour net à une lecture axiale et symétrique.
Les décors se placent “en miroir” et se disciplinent.
L’œil revient au centre.
Décor
Louis XV tardif : rocailles, feuillages nerveux, coquilles, enroulements.
Même si “allégé”, le vocabulaire reste rococo.
Transition : motifs plus géométrisés et déjà “antiques” :
rubans, guirlandes, nœuds, perles, parfois oves et cannelures esquissées.
Le décor devient “classique” dans l’esprit.
Ceinture
Louis XV tardif : ceinture encore chantournée (ondulations), parfois plus discrète mais rarement strictement tendue.
La ligne “danse” encore.
Transition : ceinture cintrée mais plus tendue,
avec des galbes moins “mous” et une volonté de rectifier la silhouette.
On sent la recherche d’ordre sans rigidité totale.
Pieds
Louis XV tardif : pieds en cabriole encore bien marqués, galbe souple.
Le pied donne le “rythme rococo”.
Transition : pieds moins cambrés, parfois quasi droits, avec une intention plus “architecturée”.
Le pied se calme : il prépare le futur pied droit Louis XVI.
Plateau “tombeau”
Louis XV tardif : la forme en tombeau (chants en S, contours mouvementés) reste fréquente.
Signature rococo, même en version assagie.
Transition : la forme “tombeau” peut subsister, mais elle est souvent plus contenue,
et cohabite avec des profils plus droits et une géométrie plus lisible.
Mix typique : courbe héritée + ordre naissant.
Le test visuel le plus fiable : si l’objet semble encore gouverné par la rocaille (même “soft”), on est en Louis XV tardif. Si l’objet commence à afficher une discipline classique (axe, symétrie, motifs à l’antique), on bascule en Transition.
Architecture
Petit Trianon, Versailles
Commandé par Louis XV pour Madame de Pompadour, achevé en 1768 par Ange-Jacques Gabriel, le Petit Trianon incarne la perfection du style Transition en architecture. Ses façades géométriques, ses colonnes corinthiennes, sa symétrie rigoureuse annoncent le néoclassicisme. Pourtant, la délicatesse des proportions et le raffinement des décors conservent l’élégance du règne précédent.

Place de la Concorde, Paris
Créée par Gabriel entre 1755 et 1775, la place Louis XV (future Concorde) illustre le passage du rococo au néoclassicisme. Ses colonnades majestueuses, sa symétrie parfaite, son ordonnance classique rompent avec les fantaisies rococo. Cette réalisation monumentale marque l’avènement du goût à la grecque dans l’urbanisme parisien.

École Militaire, Paris
Édifiée par Gabriel de 1751 à 1773, l’École Militaire révèle l’évolution du style royal. Sa cour d’honneur, ses pavillons symétriques, son dôme classique témoignent d’un retour à la rigueur architecturale. L’édifice conjugue grandeur louis-quatorzienne et sobriété néoclassique, quintessence du style Transition en architecture publique.

Vue d’ensemble du bâtiment central d’un vaste ensemble voulu par Louis XV et conçu par Ange-Jacques Gabriel.
Mobilier & objets représentatifs
Les sièges style Transition
À l’époque du style Transition (vers 1750–1770), le siège français connaît une évolution décisive, à la fois technique, esthétique et fonctionnelle. Héritiers directs du confort développé sous Louis XV, les fauteuils, bergères et chaises conservent des formes accueillantes et une ergonomie pensée pour la conversation et la sociabilité des salons. Toutefois, leur structure se transforme progressivement : les lignes se redressent, la symétrie s’affirme, les dossiers prennent des formes plus géométriques – notamment le médaillon – et les pieds s’éloignent du galbe rocaille pour annoncer des profils plus droits, parfois cannelés.

L’ornementation se fait plus mesurée : les rocailles s’estompent au profit de motifs sobres, de frises discrètes ou de références antiques naissantes. Le siège Transition n’est donc ni exubérant ni strict : il incarne un moment d’équilibre, où le confort et l’élégance hérités du rocaille s’organisent selon une logique plus architecturée, prélude direct au style Louis XVI.

Les bureaux
A lépoque Transition (vers 1750–1770), le bureau devient un meuble central, à la fois fonctionnel et représentatif, situé à la croisée du raffinement Louis XV et de la rigueur néoclassique à venir. Plusieurs types de bureaux coexistent, révélant l’évolution des usages et du goût. Le bureau plat, héritier direct du grand bureau d’apparat Louis XIV, s’allège : les lignes se redressent, les pieds s’affinent, les bronzes se disciplinent en motifs géométriques ou antiques. Le bureau à cylindre, encore rare mais emblématique, annonce la virtuosité technique de la fin du siècle : son volet roulant dissimule l’écritoire et les casiers, conciliant élégance et intimité du travail. Le bureau en pente (ou scriban) connaît un regain d’intérêt, apprécié pour son format plus compact et son abattant incliné, souvent richement marqueté. Enfin, la table à écrire s’impose comme un meuble nouveau, plus léger, destiné à un usage privé : elle se distingue par ses tiroirs discrets, ses proportions fines et son décor sobre, parfois simplement souligné de filets ou de frises. Dans l’ensemble, les bureaux Transition privilégient une marqueterie architecturée, des essences claires, des bronzes plus mesurés et une recherche d’équilibre entre confort, lisibilité formelle et maîtrise ornementale qui annonce clairement le style Louis XVI à venir.

Par Joseph Baumhauer, ébéniste. Mobilier français illustrant le passage du rocaille Louis XV à l’ordre néoclassique annonçant le style Louis XVI.
Bureau du Roi (Oeben & Riesener)
Chef-d’œuvre absolu de l’ébénisterie française, ce bureau à cylindre commandé par Louis XV en 1760 synthétise la virtuosité du style Transition.

Sa marqueterie extraordinaire mêle motifs floraux, trophées, attributs des arts. Ses mécanismes secrets, ses bronzes somptueux révèlent une technicité inégalée. Conservé au château de Versailles, il demeure l’icône du style.
Les commodes transition
La commode Transition abandonne progressivement le galbe rococo. Ses montants droits, ses angles vifs, sa façade rectangulaire annoncent le Louis XVI. Pourtant, ses bronzes délicats, sa marqueterie sophistiquée conservent le raffinement du règne précédent. Les cubes en perspective ornent fréquemment ces meubles charnières.

Mobilier français mêlant courbes héritées du Louis XV et structure annonçant le néoclassicisme Louis XVI.
Commode à la grecque
La commode à la grecque apparaît avec l’époque Transition. Elle marque un retour conscient à l’ordre antique, sous l’influence croissante de l’archéologie (Herculanum, Pompéi) et du goût pour l’Antiquité classique.
Sa caractéristique principale est l’abandon progressif des formes galbées rocaille au profit de lignes droites et architecturées. La façade devient plane ou très légèrement bombée, structurée par des montants verticaux nets. Les pieds sont droits, fuselés ou en gaine, souvent cannelés, annonçant clairement le vocabulaire Louis XVI.

Le décor privilégie les motifs néoclassiques : frises géométriques, perles, rosaces, guirlandes, grecques, urnes antiques. Les bronzes dorés sont plus discrets, posés en appliques structurantes (angles, chutes, encadrements), et non plus comme un décor envahissant. Les bois clairs (amarante, satiné, sycomore, bois de rose) sont fréquemment utilisés en marqueterie géométrique ou à cartouches symétriques.
Fonctionnellement, la commode à la grecque reste proche de la commode Louis XV (deux ou trois tiroirs sans traverse), mais son expression est plus sobre, rationnelle et architecturale.
Bonheur-du-jour
Ce petit meuble à écrire féminin connaît son apogée sous le Transition. Structure légère, gradin supérieur à tiroirs secrets, plateau cuir, pieds fuselés : tout respire l’élégance. Les exemplaires de Lacroix, ornés de plaques de porcelaine de Sèvres, incarnent le luxe discret de l’aristocratie éclairée.

Secrétaire à abattant
Le secrétaire Transition marie façade architecturale et raffinement décoratif. Son abattant dissimule petits tiroirs et casiers. Sa marqueterie géométrique alterne bois précieux et motifs floraux stylisés. Les bronzes – chutes, entrées de serrure, sabots – gagnent en sobriété tout en conservant leur qualité exceptionnelle.


Cartel d’applique
Les horloges murales du Transition révèlent l’évolution du goût. Leurs boîtiers abandonnent les contours tourmentés rococo. Formes en lyre, en ballon, motifs de rubans et de couronnes de laurier annoncent l’esthétique néoclassique. Les bronzes dorés de Gouthière parent les exemplaires les plus prestigieux.

Héritage & réinterprétations
Le style Transition influence durablement l’ébénisterie européenne en montrant qu’évolution stylistique ne rime pas avec rupture brutale. Sa capacité à synthétiser deux esthétiques antagonistes inspire les créateurs ultérieurs confrontés à des changements de goût.
Au XIXe siècle, le style Louis-Philippe et le Second Empire redécouvrent occasionnellement cette élégance mesurée. Certains ébénistes parisiens produisent des pastiches de qualité, témoignant de la fascination durable pour cette période charnière.
Aujourd’hui, le style Transition et encore considéré par les lollectionneurs et antiquaires comme l’un des sommets de l’art français. Sa rareté (la période dure vingt ans) et sa sophistication technique en font un style particulièrement recherché. Les maisons de vente internationales voient régulièrement s’envoler les prix des pièces authentiques.
Le design contemporain puise parfois dans ce vocabulaire formel. L’idée de transition élégante, de synthèse harmonieuse entre styles opposés inspire architectes et designers confrontés à la coexistence de langages esthétiques différents.
Cote & marché actuel
Achat neuf
Les rééditions de meubles Transition restent exceptionnelles. Quelques ébénistes d’art français perpétuent les techniques traditionnelles. Une commode de style Transition, réalisée selon les règles de l’art, peut atteindre 30 000 à 80 000 euros selon la complexité de la marqueterie et la qualité des bronzes.
Les antiquaires spécialisés comme la galerie Aveline à Paris ou Kraemer proposent occasionnellement des pièces d’époque. Ces établissements garantissent authenticité et restaurations dans les règles de l’art.
Seconde main
Le marché des originaux demeure extrêmement actif. Une commode estampillée Oeben ou Riesener peut dépasser 500 000 euros en vente publique. Le Bureau du Roi reste inestimable, propriété de l’État français.
Les petits meubles – bonheurs-du-jour, tables à écrire – se négocient entre 15 000 et 150 000 euros selon l’ébéniste et l’état. Les sièges Transition, plus rares que les meubles, atteignent 5 000 à 50 000 euros la paire pour des fauteuils estampillés.
Chez Christie’s, Sotheby’s et à l’Hôtel Drouot, les ventes de mobilier XVIIIe incluent régulièrement des pièces Transition. La provenance – collections aristocratiques, ventes prestigieuses antérieures – influence considérablement les prix.
Conclusion
Le style Transition incarne l’excellence de l’art décoratif français au milieu du XVIIIe siècle. Cette synthèse subtile entre rococo finissant et néoclassicisme naissant témoigne d’une époque capable de faire évoluer le goût sans violence, de préparer la modernité sans renier l’héritage.
Sa brièveté même – à peine vingt-cinq ans entre 1750 et 1774 – explique sa rareté et sa valeur. Le style Transition précède immédiatement le Louis XVI, qui achèvera la révolution néoclassique commencée sous son règne. Sans cette transition élégante, le passage du rococo exubérant à la rigueur antique aurait paru brutal, incompréhensible.
Aujourd’hui, le style Transition fascine par sa sophistication technique et son équilibre esthétique. Il prouve qu’entre deux époques, il existe toujours un moment de grâce où le meilleur des deux mondes coexiste harmonieusement. Cette leçon d’élégance et de mesure résonne encore : l’innovation n’exige pas la table rase. Elle peut s’accomplir dans le respect et la continuité, pourvu que le talent et le goût président à sa réalisation.

Entrepreneur digital et artisan d’art, je mets à profit mon parcours atypique pour partager ma vision du design de luxe et de la décoration d’intérieur, enrichie par l’artisanat, l’histoire et la création contemporaine. Depuis 2012, je travaille quotidiennement dans mon atelier au bord du lac d’Annecy, créant des intérieurs sur mesure pour des décorateurs exigeants et des clients privés.
