Qu’est ce que la tenture murale ? Le vrai du faux expliqué par une professionnelle
J’ai eu la chance d’apprendre l’art de la tenture murale lors de mon apprentissage en tapisserie d’ameublement. La tenture fait partie de mon quotidien professionnel et je suis toujours surprise de constater que très peu de gens – parmi lesquels les clients mais aussi les décorateurs et les architectes – savent vraiment de quoi on parle quand on parle de »tenture« , et pour cause le mot tenture est riche d’histoire, et de sens…Cette confusion m’a donné envie de clarifier les choses, simplement, pour que vous puissiez comprendre ce qu’est vraiment une tenture murale.
Le mot tenture sert parfois à designer des rideaux comme c’est le cas en Belgique. Un panneau de tissu accroché au mur peut aussi être appelé tenture, et par dessus le marché la tenture murale est un savoir faire très méconnu du grand public. La tenture murale et en effet un savoir faire plutôt rare réservés aux lieux d’exception (et au salle de cinéma).

Qu’est ce que la tenture murale exactement ?
Ce que la tenture murale n’est PAS
Commençons par éliminer les confusions les plus fréquentes.
Non, un rideau n’est pas une tenture murale. Un rideau pend verticalement, il est mobile, il se tire pour s’ouvrir ou se fermer. On parle parfois de « tentures » pour désigner de lourds rideaux décoratifs, et c’est là que le vocabulaire nous joue des tours. Mais techniquement, une tenture murale est quelque chose de fondamentalement différent : c’est une installation textile fixe, solidaire du mur lui-même.
Non, un panneau gainé n’est pas une tenture murale. Et c’est vraiment là que je vois le plus de confusion. Vous allez dans un magasin de décoration, on vous propose des « tentures murales » : de jolis panneaux rectangulaires, du tissu tendu sur un cadre rigide en bois ou en carton-plume, prêts à accrocher comme des tableaux. C’est pratique, c’est décoratif, mais ce n’est pas une tenture murale au sens technique du terme. C’est un panneau décoratif gainé de tissu.
La différence fondamentale ? Le panneau gainé est un objet indépendant que vous accrochez au mur. La tenture murale, elle, habille directement le mur, elle le transforme en surface textile continue: le mur est souple au touché et ses qualités acoustiques sont très supérieurs.
Alors, qu’est-ce qu’une vraie tenture murale ?
La tenture murale, dans le métier de tapissier d’ameublement, c’est donc un tissu d’ameublement tendu directement sur le mur, généralement du sol à plafond ou sur une hauteur définie selon les boiseries ou autres cadres eventuels, créant une surface continue, souple et enveloppante. En somme le tissu est tendu sur les mur, le recouvrant entièrement à la manière d’un papier peint classique.
Voilà la definition du mot tenture selon le Dictionnaire de l’Académie Française.
TENTURE nom féminin
Étymologie : XVIe siècle. Dérivé de tendre I, avec influence de tente.
Ensemble, suite de pièces de tapisserie de même facture ou illustrant un même thème, conçues pour orner les murs d’une salle. La tenture de la Vie de saint Remi, à Reims, est composée de dix tapisseries. La tenture de la Vie de la Vierge, à Notre-Dame de Beaune. Une tenture représentant les quatre saisons.
▪ Par extension. Étoffe, toile décorée qui sert à tapisser, à parer les murs d’une pièce, d’un bâtiment, etc.
A ce stade vous n’êtes pas encore sûre de comprendre ce qu’est la tenture murale ? Laissez-moi simplement vous décrire le procédé couche par couche.
Les techniques de la tenture murale
Première couche : le système de baguettes ou baguette
Tout commence par un système de baguettes en bois, généralement du sapin, de section 20×30 mm ou 50×40 mm selon les dimensions du mur à habiller. Ces baguettes se fixe directement dans le mur.
Ces baguettes sont obligatoirement sur tout le périmètre de la zone à traiter : une en haut, une en bas, une de chaque côté vertical, autour des portes, des fenêtres, des prises, derrière les appliques… Bref de partout où le tissus devra être fixé.
Pour les grandes surfaces, on ajoute des baguettes intermédiaires horizontales et verticales, créant une trame tous les 60 à 100 centimètres, de manière à pouvoir fixer des éléments aux murs ultérieurement.

Deuxième couche : le molleton
Voici l’élément que presque tout le monde ignore et qui fait TOUTE la différence. Sur les baguettes une épaisse couche de molleton ou de ouate. On parle de nappes de 400, 600, parfois 800 grammes au mètre carré. Elle peut être constituée de fibres naturel ou synthétique, non traité ou non feu.
Ce molleton remplit plusieurs fonctions essentielles :
- Il gomme les imperfections du mur (fissures, irrégularités, défauts d’enduit)
- Il crée cette profondeur capitonnée caractéristique qui donne du relief à la tenture
- Il améliore considérablement l’isolation phonique en absorbant les sons
- Il apporte une isolation thermique complémentaire
- Il donne ce toucher moelleux, ce gonflant quand on pose la main sur la tenture
Le molleton s’agrafe sur les baguettes en le tendant uniformément, sans vagues ni plis. Un molleton mal posé comportant des défauts entraînera des défauts visible sur le tissu final. C’est pourquoi les artisans les plus méticuleux posnt les coutures des raccord de molleton à la verticale comme le tissu.. car ils savent que ce « détail » influera sur la réaction de la matière par la suite.

Troisième couche : le tissu
C’est la partie visible. Le tissu est choisi pour sa sa couleur, son motif, sa texture. Les tissus d’ameublement d’exception utilisés pour la tenture murale doivent répondre à des critères précis de résistance et de tenue. Globalement tous tissus d’ameublement se tendent au mur, accompagnez vous d’artisans expérimenté pour les matières nobles telles que les laines, les soies et les lins car certaines sont plus techniques à travailler. Choisissez tout de même une étoffes au grammage suffisant pour éviter les effets de transparence.
Les largeurs (lés) de tissus sont joint entre eux grâce à une couture effectué a la machine à coudre, en atelier ou directement sur le site. De ce fait il n’est absolument pas obligatoire d’opter pour des tissus en grandes largeurs pour couvrir vos murs de tissu.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, poser le tissu sur le molleton ne consiste pas du tout à le coller. Le tissu doit être TENDU, avec une tension homogène sur toute la surface, pour éviter qu’il ne gondole, ne se déforme ou se détende…

Et c’est là que les différentes techniques de pose entrent en jeu. Selon les finitions une quatrième étape reste à faire – celle du galon – a moins que vous n’ayez opté pour une finition moderne.

Les techniques de finition : visible ou invisible
Une fois vos baguettes posées et votre molleton agrafé, il reste à fixer le tissu. Trois approches existent, chacune avec ses particularités.
La technique traditionnelle avec galons apparents
C’est la méthode la plus ancienne et encore la plus pratiquée (car la plus simple à effectuer). Le principe est simple à comprendre, mais exigeant à réaliser correctement.
Le tissu est tendu sur toute la surface, puis agrafé directement sur les chants des baguettes périphériques. Le tissu est tendu et agrafé pour répartir la tension uniformément.

Une fois le tissu parfaitement tendu sur tout le pourtour, les lignes d’agrafes restent visibles. On les dissimule alors sous des galons décoratifs : galons plats, tresses, corde… La finir se colle ou se cloue sur les baguettes, recouvrant parfaitement les agrafes.

Le galon devient un élément décoratif à part entière, la passementerie créant un cadre qui souligne l’étoffe. C’est la solution qu’on retrouve dans la plupart des hôtels, restaurants, salons privés.

Parfois les galons sont remplacés par des éléments en bois comme ici à la Wallace Collection ou les artisans on effectués un travail remarquable avec cette moire à rayure.
La technique invisible « à la française » traditionnelle
Pour ceux qui recherchent un rendu plus épuré, sans galons apparents, la technique invisible traditionnelle offre une belle élégance. Mais elle demande un vrai tour de main.
Le tissu est attaché baguette contre baguette. C’est a dire que le tissu est attaché retourne sur des baguettes (carton ou bois fin).
Le résultat est vraiment beau : le tissu semble s’arrêter net au ras du mur, disparaissant proprement dans les angles, sans aucune fixation visible. C’est la technique qu’on retrouve dans les palaces, les appartements haussmanniens de prestige, les salles de réception d’exception. Certains maîtres tapissiers perpétuent cette tradition avec une excellence remarquable.
L’inconvénient : il est (encore plus) difficile de trouver des artisans qualifié.


Les techniques invisibles modernes avec profilés
Depuis les années 1970-1980, des systèmes à base de baguette a tenture murale en plastique ou bois et aluminium ont été développés. Ils conservent l’esthétique invisible tout en offrant une praticité supérieure.
Le principe : des baguettes spécifiques remplacent les baguettes de bois traditionnelles. Ces profilés présentent un système de griffes ou de gorge.
L’avantage est important : le rendu est aussi invisible et selon les techniques le tissu reste démontable (pour le changer sans changer tout le système de baguette).
Ces systèmes de baguettes a tenture murale »moderne » se déclinent donc en plusieurs variantes selon les fabricants, mais le principe reste le même.

La grande force de la tenture : le raccord invisible (ou presque)
Voici un point important que beaucoup ignorent : contrairement au panneau gainé qui reste un élément isolé, la vraie tenture murale permet de créer des surfaces textiles continues sur des dizaines de mètres carrés.
Comment ? En raccordant les lés de tissu entre eux, avant de les poser sur le mur. La visibilité du raccord dépend à la fois du motif et du type de matière. Par exemple les motifs à rayures ou à carreaux rendent véritablement invisible le raccord (lorsqu’il est parfaitement exécuté).
Imaginez un salon de 8 mètres de long. Votre rouleau de tissu fait 1,40 mètre de large. Avec des panneaux gainés, vous êtes limité : il serrait nécessaire de juxtaposer plusieurs panneaux.
Avec la tenture tendue, on raccorde les lés de tissu bord à bord, en les cousant entre eux en atelier ou sur place. Quand le raccord de motif est parfait le raccord devient quasi invisible. Les motifs se raccordent, les rayures s’alignent, la couleur est continue. Le résultat : un mur entièrement habillé de tissu, sans interruption visible, comme si vous aviez tendu une seule pièce d’étoffe géante. Bien sure il existe aussi des tissus en grandes largeurs mais les chois seront limitées aux unis: lin, toile de coton et même certains velours synthétise trouvent maintenant en grande largeur mais les choix se limite aux unis bien souvent.
Cette capacité à raccorder les tissus change tout. Elle permet de traiter des volumes entiers : un hall d’hôtel, une salle de spectacle, un restaurant, un auditorium. Pas des petits carrés de tissu accrochés ici et là, mais de vraies surfaces textiles continues, qui transforment l’acoustique et l’ambiance de l’espace.

Pourquoi cette confusion persiste-t-elle ?
Plusieurs raisons expliquent que même des professionnels confondent panneau gainé et tenture murale.
D’abord, le coût. Une vraie tenture murale tendue coûte nettement plus cher qu’un panneau gainé. Elle nécessite l’intervention d’un artisan d’art qualifié, plusieurs jours de travail pour une pièce, des matériaux de qualité. Le panneau gainé, lui, se fabrique en série et s’accroche en quelques minutes.
Ensuite, la complexité technique. Poser une tenture demande des compétences spécifiques que peu d’artisans maîtrisent encore. Il faut savoir lire un mur, gérer les aplombs, calculer les tensions, coudre les raccords, ajuster les coupes. Ce n’est pas quelque chose qu’on improvise.
Comment reconnaître une vraie tenture murale ?
Si vous visitez un espace et que vous vous demandez si vous êtes face à une vraie tenture ou à un panneau gainé, voici les signes qui ne trompent pas.
Test du toucher
Posez votre main (propre s’il vous plaît ) à plat sur le tissu. Si c’est dur, plat, rigide comme une planche, c’est un panneau. Si vous sentez du gonflant, du moelleux, une profondeur capitonnée, c’est bien une tenture murale donc un tissu tendu sur ouate ou molleton.
Test visuel
Regardez les angles et les bords. Un panneau s’arrête net avec des bords droits visibles. Une tenture va jusqu’au mur, disparaît dans les plinthes ou le plafond, ou présente un galon de finition sur tout le pourtour.
La continuité
Si le tissu court sur plusieurs mètres sans interruption, en tournant les angles, c’est forcément une tenture tendue. Les panneaux sont par nature limités en dimension.

L’acccoustique
Vous pouvez aussi tester l’acoustique. Parlez normalement dans la pièce. Si l’écho est très atténué, si votre voix semble absorbée, c’est qu’il y a du molleton épais derrière le tissu, vous êtes donc face à une vraie tenture.
La tenture murale aujourd’hui
Dans nos intérieurs contemporains dominés par le béton, le verre et les surfaces dures, la tenture murale retrouve tout son sens. Les problèmes d’acoustique sont fréquents dans les lofts, les open-spaces, les espaces à double hauteur. Le bruit se réverbère, les conversations deviennent fatigantes, le confort sonore se dégrade.
Une vraie tenture murale, avec son molleton, transforme complètement l’acoustique d’un espace. Elle absorbe les fréquences, atténue la réverbération, assouplit l’ambiance sonore. Des études acoustiques montrent des réductions de temps de réverbération de 30 à 50% dans certains cas. C’est pourquoi il y a aussi de la tenture murale sur les murs des salles de cinéma.
Au-delà de la performance technique, la tenture apporte cette dimension sensible, tactile, chaleureuse que nos intérieurs minéraux ont souvent perdue. Que ce soit avec des tissus haut de gamme ou des matières nobles comme la soie, c’est une architecture douce, une enveloppe textile qui humanise l’espace et tamise l’espace.
Mais pour que ce savoir-faire perdure, il faut que les maîtres d’ouvrage, les architectes, les décorateurs sachent précisément ce qu’ils commandent. Qu’ils fassent la différence entre un panneau gainé décoratif et une véritable tenture murale tendue. Qu’ils comprennent que derrière le mot « tenture » se cache un savoir-faire, une technique, une tradition.

La prochaine fois qu’on vous envisagerai une « tenture murale », vous saurez vous poser les bonnes questions et trouver le bon artisan : « Ouate ou molleton ? Quelle est la technique de finition ? » Et vous saurez reconnaître, au toucher et au regard, le travail d’un vrai tapissier décorateur.
Crédits Photo: toutes les photos d’exemples sont issues des travaux (d’exception) de Stephen Franklin, tapissier expert en tenture murale. Video: Céline Vanier.

Entrepreneur digital et artisan d’art, je mets à profit mon parcours atypique pour partager ma vision du design de luxe et de la décoration d’intérieur, enrichie par l’artisanat, l’histoire et la création contemporaine. Depuis 2012, je travaille quotidiennement dans mon atelier au bord du lac d’Annecy, créant des intérieurs sur mesure pour des décorateurs exigeants et des clients privés.
