Guide Hart des matières textiles: Le Mohair
Le mohair : anatomie d’une fibre d’exception
Dans l’univers du textile d’ameublement haut de gamme, le mohair occupe une place à part. Rare, exigeant, durable, il incarne une idée du luxe fondée sur la matière, la longévité et le savoir-faire plutôt que sur l’effet immédiat. Utilisé depuis plus d’un siècle dans les intérieurs les plus sollicités, le mohair demeure aujourd’hui l’une des fibres les plus performantes et les plus nobles du textile d’ameublement.
Ce guide s’inscrit dans la continuité de notre approche éditoriale des matières textiles, développée notamment dans le Guide des tissus d’ameublement d’exception. Il propose une lecture claire, neutre et experte du mohair : origine, propriétés, usages, durabilité et impact environnemental réel.
Mohair : qu’est-ce que c’est exactement ?
Abréviations textiles
France : MOHAIR
Europe (ISO) : WM
États-Unis : Mohair
Description
Le mohair est une fibre animale naturelle issue de la toison de la chèvre angora. Contrairement à une idée répandue, il ne s’agit ni de cachemire ni de laine classique. Sa structure fibreuse, plus longue, plus lisse et plus résistante que celle de la laine de mouton, lui confère des propriétés mécaniques et esthétiques exceptionnelles.
Classification
Fibre animale naturelle – famille des poils fins.
Origine et culture du mohair
Historiquement originaire de la région d’Ankara (ancienne Angora, en Turquie), le mohair s’est développé à partir du XIXᵉ siècle en Afrique du Sud, aujourd’hui premier producteur mondial, ainsi qu’aux États-Unis et en Australie.
La production de mohair repose sur la tonte annuelle de la chèvre angora. Une chèvre produit en moyenne entre 3 et 5 kg de fibre par an, ce qui explique la rareté et le coût élevé de la matière première.
Le mohair de qualité ameublement provient majoritairement de filières longues, structurées et contrôlées, notamment en Afrique du Sud, où des standards de qualité et de bien-être animal ont été progressivement renforcés.
Propriétés techniques du mohair
Résistance mécanique exceptionnelle
Le mohair est l’une des fibres naturelles les plus résistantes à l’abrasion. En velours d’ameublement, il atteint couramment entre 50 000 et 100 000 cycles Martindale, soit deux à quatre fois plus qu’un velours de laine dense, et jusqu’à dix fois plus qu’un velours de viscose.
Cette résistance en fait un matériau historiquement utilisé dans les lieux à forte sollicitation : salons bourgeois, hôtels, théâtres, wagons de train, paquebots et institutions publiques.
Élasticité et mémoire de forme
La fibre de mohair possède une excellente élasticité naturelle. Elle se plie sous la pression puis reprend sa forme initiale sans se casser ni se déformer durablement. Cette propriété limite l’écrasement du velours et la formation de zones brillantes irréversibles.
Brillance naturelle et profondeur visuelle
Contrairement à la brillance artificielle de certaines fibres transformées, celle du mohair est intrinsèque à la structure de la fibre. Le velours de mohair capte la lumière, la diffuse et crée une profondeur visuelle unique, qui évolue avec le temps sans se dégrader.
Comportement face à l’humidité et à la saleté
Le mohair est naturellement peu salissant. Sa fibre lisse retient moins la poussière et les particules que des fibres plus rugueuses. Il conserve également une bonne résistance mécanique à l’état humide, contrairement à la viscose qui perd jusqu’à 50 % de sa solidité lorsqu’elle est mouillée.
Usages du mohair dans l’ameublement haut de gamme
Le mohair est principalement utilisé sous forme de velours, tissé serré, ras court ou ras long selon les usages.
Usages recommandés
– Canapés et fauteuils à usage quotidien
– Assises fortement sollicitées
– Banquettes, sièges publics, hôtels et lieux de passage
– Fauteuils patrimoniaux et pièces destinées à durer plusieurs décennies
Usages plus rares
– Têtes de lit haut de gamme
– Rideaux épais décoratifs (moins fréquent en raison du poids et du coût)
Durabilité et vieillissement
Le mohair ne se dégrade pas : il vieillit. Cette distinction est essentielle. Là où des fibres transformées s’affaiblissent et perdent leurs qualités mécaniques, le mohair se patine, conserve sa structure et peut être restauré.
Un velours de mohair correctement entretenu peut traverser 25 à 40 ans d’usage, parfois davantage. Il supporte les nettoyages professionnels, les reprises locales et les restaurations, ce qui en fait une matière compatible avec une logique de transmission.
Impact environnemental : une lecture nuancée
Une fibre renouvelable
Le mohair est une fibre renouvelable produite annuellement sans destruction de l’animal. Sa production repose sur l’élevage extensif, souvent dans des zones peu propices à l’agriculture intensive.
Enjeux liés à l’élevage
L’impact environnemental du mohair dépend fortement des pratiques d’élevage : gestion des pâturages, bien-être animal, transport et transformation. Des dérives ont existé par le passé, ce qui a conduit à la mise en place de chartes et de labels (notamment le RMS – Responsible Mohair Standard).
Durabilité comme facteur écologique majeur
L’argument environnemental le plus solide en faveur du mohair reste sa longévité. Un textile utilisé pendant 30 ans a un impact global largement inférieur à un textile remplacé tous les 5 à 8 ans, même si son coût et son empreinte initiale sont plus élevés.
Le mohair face aux autres fibres
Comparé aux velours de viscose, le mohair est plus cher à l’achat mais incomparablement plus durable. Face à la laine, il offre une résistance supérieure et une meilleure tenue à long terme. Par rapport à la soie, il est moins fragile et plus adapté aux usages intensifs.
Dans une logique de luxe durable, le mohair s’impose comme une matière de référence pour les assises et les pièces fortement sollicitées.
Comment reconnaître un vrai mohair
Un véritable velours de mohair présente une densité élevée, une main ferme mais souple, une brillance profonde non artificielle et une excellente reprise après pression. Le prix constitue également un indicateur : un velours de mohair authentique se situe rarement en dessous de 150 à 180 € le mètre.
La composition doit être clairement indiquée. Les mélanges laine-mohair existent et peuvent être pertinents, mais un velours annoncé comme “mohair” sans précision mérite toujours vérification.
Conclusion
Le mohair incarne une vision exigeante du luxe textile : une matière rare, performante, durable et culturellement ancrée. Il ne séduit pas par un effet immédiat mais par sa capacité à traverser le temps sans perdre sa valeur.
Dans un contexte où le textile d’ameublement est souvent tiré vers des solutions économiquement rentables mais techniquement fragiles, le mohair rappelle que le vrai luxe repose sur la matière, la durée et la connaissance. Une fibre choisie pour ce qu’elle est, et non pour ce qu’elle promet.

Entrepreneur digital et artisan d’art, je mets à profit mon parcours atypique pour partager ma vision du design de luxe et de la décoration d’intérieur, enrichie par l’artisanat, l’histoire et la création contemporaine. Depuis 2012, je travaille quotidiennement dans mon atelier au bord du lac d’Annecy, créant des intérieurs sur mesure pour des décorateurs exigeants et des clients privés.
