Cottagecore : décoder l’esthétique du moment
Entre nostalgie raffinée et quête de lenteur, le cottagecore s’impose comme une esthétique sensible qui redéfinit notre rapport à l’habitat, au temps et à la nature.
Il ne s’agit pas d’un simple retour à la campagne, ni d’une tendance décorative parmi d’autres.
Il ne s’agit pas d’un simple retour à la campagne, ni d’une tendance décorative parmi d’autres. Le cottagecore évoque une aspiration plus intime : celle d’un art de vivre où la beauté naît de la simplicité, où l’habitat devient refuge, et où le quotidien retrouve une forme de poésie.
Popularisé sur les réseaux sociaux au tournant des années 2020, ce courant puise pourtant dans un imaginaire ancien. Cottages anglais des Cotswolds, mas provençaux, fermes scandinaves : autant de lieux modestes en apparence, mais profondément chargés d’émotion. Cette esthétique trouve ses racines dans le mouvement Arts & Crafts de William Morris, qui dès le XIXe siècle prônait le retour à l’artisanat face à l’industrialisation.

Design : @kismet_house Photographie via le compte Instagram @thenookinteriordesign
Une esthétique du sensible
Dans l’univers cottagecore, le luxe est silencieux. Il ne se montre jamais. Il se devine dans la texture d’un lin froissé, dans la patine d’un bois ancien, dans la lumière douce filtrée par des rideaux de voile léger. Les intérieurs ne cherchent pas la perfection formelle, mais une harmonie vécue, façonnée par le temps, l’usage et les gestes quotidiens.
Les palettes s’inspirent directement du paysage : blancs crayeux, verts mousse, roses fanés, jaunes beurre, ocres terres. Les matériaux nobles s’expriment dans leur simplicité la plus sincère : pierre calcaire aux veines irrégulières, tommettes anciennes aux nuances changeantes, poutres en chêne massif marquées par les décennies.
La céramique artisanale dialogue avec la vaisselle ancienne. On privilégie les pièces uniques issues d’ateliers contemporains, les services dépareillés chinés, les verres soufflés à la bouche. Les textiles racontent une histoire : plaids en laine mohair, coussins brodés à la main, courtepointes piquées selon des techniques ancestrales. L’éclairage, lui aussi, participe à cette atmosphère contemplative : bougies, lampes à huile revisitées, suspensions en rotin tressé qui dessinent des jeux d’ombres organiques sur les murs chaulés.

Photographies issues du compte @sharland_england sur Instagram.
Un imaginaire nourri par la culture
Le cottagecore s’ancre dans un héritage littéraire et cinématographique puissant. Les romans de Jane Austen dessinent des intérieurs feutrés, tandis que les landes des sœurs Brontë évoquent une nature rude et romantique. Thomas Hardy a immortalisé cette campagne où l’architecture vernaculaire dialogue avec les cycles naturels. Les illustrations de Beatrix Potter participent à cette vision d’un monde domestique tendre et poétique.
Au cinéma, cette sensibilité se retrouve dans Little Women, Call Me By Your Name, les films du Studio Ghibli, ou encore Pride and Prejudice , œuvres qui capturent cette essence rustique et contemplative.
Architectures de la douceur
Le cottagecore réhabilite le cottage anglais traditionnel : murs en pierre, toit de chaume, fenêtres à croisillons. Les pièces aux proportions modestes favorisent l’intimité, les plafonds bas avec poutres créent une sensation enveloppante.
Les dépendances retrouvent une fonction : l’ancienne laiterie devient atelier, le cellier abrite les conserves maison. L’architecture contemporaine inspirée du cottagecore privilégie les volumes simples, les matériaux locaux, l’intégration paysagère.
Habiter autrement
Le cottagecore interroge notre manière d’habiter. Il valorise les gestes lents, le fait-main, le rapport aux saisons. La cuisine redevient un lieu central : grande table familiale, évier en grès, étagère ouverte où s’alignent bocaux et terrines.
Le jardin retrouve sa place naturelle. Potager aux carrés bordés de buis, verger d’arbres fruitiers anciens, massifs de vivaces : le jardin cottagecore cultive l’abondance généreuse. Les roses anciennes grimpent sur les murs, la glycine embaume la tonnelle.
Sans discours militant, cette esthétique dialogue avec les enjeux contemporains : écologie, bien-être, valorisation de l’artisanat local, dans une approche douce et instinctive.

Projet Millington Road Design : @studioanton Architecture : @cowpergriffitharchitects
Né en Angleterre à la fin du XIXᵉ siècle, le mouvement Arts & Crafts défend une vision profondément humaine de l’architecture et du design.
Porté notamment par William Morris, il prône le retour à l’artisanat, l’honnêteté des matériaux et une beauté indissociable de l’usage quotidien. Cette philosophie, qui place le foyer au cœur de la vie, résonne aujourd’hui fortement avec l’esthétique cottagecore. Tous deux célèbrent une forme de luxe discret, fait de simplicité, de chaleur et de gestes sincères, où la maison n’est pas un décor mais un lieu à vivre, à ressentir et à habiter pleinement.
Une vision révélatrice
Certes, le cottagecore idéalise une ruralité apaisée, parfois éloignée des réalités économiques. Mais cette idéalisation dit quelque chose de fondamental : une fatigue collective face à la vitesse, à la standardisation, à la froideur fonctionnelle.
Face aux intérieurs ultra-lisses, le cottagecore assume l’imperfection, les traces d’usage, la patine du temps. C’est une beauté imparfaite, vulnérable, profondément humaine.
Plus qu’un décor, le cottagecore devient un langage émotionnel , une manière de réintroduire de l’âme dans nos intérieurs et du sens dans nos modes de vie.

Photographie issue du compte @sharland_england sur Instagram.
Comment l’adopter ?
Inutile de transformer son intérieur en décor figé. Le cottagecore se glisse dans les détails : une table en bois brut, des fleurs dans un pichet émaillé, une lumière chaude créée par des lampes à abat-jour en tissu, un objet ancien transmis.
Privilégiez les matériaux naturels : lin pour les rideaux, laine pour les plaids, rotin pour le mobilier, terre cuite pour la vaisselle. Recherchez les pièces artisanales qui portent la marque de la main humaine.
Cultivez les rituels simples : dresser la table avec soin, disposer des bouquets de fleurs sauvages, allumer des bougies, préparer des confitures maison. Il ne s’agit pas de reproduire une image, mais de cultiver une atmosphère.

Photographie issue du compte Instagram @allchloehome, avec une parure signée @rebeccaudallhome
L’essentiel
À l’heure où l’architecture contemporaine explore la performance et la technologie, le cottagecore rappelle une vérité essentielle : le véritable luxe réside peut-être dans ce qui ne s’achète pas.
Le temps. La douceur. La mémoire des lieux. Une maison qui apaise, plus qu’elle n’impressionne.
Et si le cottagecore n’était pas une fuite vers le passé, mais une manière subtile de réinventer l’avenir : plus lent, plus attentif, plus profondément humain ?
